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Jacqueline Eustache-Brinio : L’entrisme des Frères Musulmans est une réalité

Jacqueline Eustache-Brinio DR

Sénatrice du Val d’Oise, Jacqueline Eustache-Brinio combat avec courage, depuis des années, les dérives du communautarisme islamiste. Entretien avec une femme d’exception. Propos recueillis par Emmanuel Razavi

 

Pourquoi a-t-on le sentiment que la société française est en train de se fracturer en même temps qu’elle se communautarise ?

Je pense qu’il ne s’agit pas d’un sentiment, mais d’une réalité. Notre société se fracture et se communautarise parce que, depuis des années, nous sommes dans le déni, allant même jusqu’à changer notre vocabulaire pour parler de ce qui fâche. Aujourd’hui, dans des pans entiers de la République, des gens ne vivent pas les uns avec les autres, mais les uns à côté des autres, avec des modes de vie différents, pour certains incompatibles avec la République. On a laissé passer des principes religieux devant les règles de la République. Ces phénomènes de partition se vérifient à l’hôpital, à l’école, dans le sport, où les exigences communautaristes sont telles que certains professionnels ne peuvent plus travailler sans être placés sous une pression religieuse morale et physique de plus en plus forte, ce qui est inadmissible. J’ai beaucoup de mal à accepter l’idée que le modèle anglo-saxon puisse un jour exister en France. Ce n’est pas, pour moi, un exemple à suivre et, en tout cas, pas notre culture.

 

Vous dénoncez à raison l’entrisme des Frères Musulmans en France. Quelles sont les solutions pour mettre un terme à leurs dérives communautaristes et religieuses ?

L’entrisme des Frères Musulmans est une réalité dans notre pays. Ils tissent leur toile depuis plusieurs décennies, tranquillement, car ils ont du temps, mais avec un objectif précis : déstabiliser notre démocratie et remettre en cause en profondeur la laïcité. Cette dernière, modèle pour de nombreux pays dans le monde, est une chance pour chacun d’entre nous, quelle que soit notre origine, notre couleur de peau, notre religion. Il appartient aujourd’hui plus que jamais à l’État non seulement de dénoncer, mais de trouver les moyens d’interdire tous ces mouvements qui sont contraires à notre République. Certes, cela peut paraître violent, mais, à mon sens, il n’y a pas le choix. Tout comme il apparaît urgent de surveiller les prêches dans les mosquées et de fermer sans état d’âme les mosquées salafistes et celles dans lesquelles les imams véhiculent des prêches remettant en cause notre unité et nos fondements laïcs républicains. Nous avons, j’en suis convaincue, les outils pour le faire, mais il faut avoir la volonté et le courage de le faire.

 

 Entre l’affaire Zemmour et celle du rappeur Médine, pourquoi une partie des français ont-ils le sentiment d’un « deux poids, deux mesures »?

Les Français, à juste titre, constatent que l’on peut cracher sur la France, l’insulter, appeler à la haine et à la violence sans être inquiété par aucune institution, sans risquer la moindre condamnation pénale, mais, à l’inverse, dénoncer ce qui est factuel dans notre pays et lié à l’islam entraîne une sorte de lapidation publique et dérange. Ce « deux poids, deux mesures » est inadmissible et ne peut que renforcer le refuge dans les extrêmes. Bien évidemment, je ne partage pas systématiquement tout ce que dit Éric Zemmour, mais un certain nombre de ses propos sont seulement des faits. Et, là encore, être dans le déni de la réalité ne fait évidemment pas avancer les choses. Mais c’est vrai qu’en France condamner l’islam politique et l’islamisme, « ça ne fait pas bien », « ça ne se fait pas », sous peine d’être traité de raciste. C’est là que nous ont amené tous les bien-pensants et la pensée unique, qui a consisté à ne regarder que d’un œil.

 

Comment analysez-vous la campagne de la FCPE en faveur du voile pour les accompagnatrices, lors des sorties scolaires ? Y-a-t-il entorse au principe de laïcité ?

Cette campagne m’a profondément horrifiée. J’ai d’ailleurs écrit une lettre ouverte aux co-présidents de la FCPE pour dénoncer ce clientélisme communautariste, qui n’est pas digne d’une fédération de parents d’élèves dont les fondements mêmes sont posés sur la laïcité. Bien évidemment, pour moi, c’est une entorse au principe de laïcité, ce qui est condamnable, mais c’est également participer à une forme d’apartheid. En effet, défendre le voile, qui est pour moi un étendard de l’islam politique, c’est cautionner l’apartheid sexuel et social et remettre en cause l’égalité entre les femmes et les hommes.

 

D’une manière générale, pourquoi a-t-on le sentiment que la classe politique a lâché face à l’islam politique?

Pour moi, les choses sont très claires, car j’ai combattu cet islam politique et radical et me suis beaucoup exposée, mais je ne l’ai jamais regretté. Force est de constater que cela demande de la volonté et du courage, ce qui manque malheureusement à de nombreux élus. Entre une gauche bisounours, qui a été pendant des années dans le refus de voir ce qu’il se passait, et une droite qui s’est laissée culpabiliser, nous en sommes là aujourd’hui. C’est à la classe politique de montrer le chemin, c’est à la classe politique de savoir dire non, c’est à la classe politique de combattre tout ce qui peut nous séparer. Ce n’est pas aujourd’hui un combat de droite ou de gauche, mais un combat républicain, qui doit dénoncer de manière claire et définitive tous les accommodements et les petits arrangements dans lesquels se sont engouffrés, entre autres, les Frères Musulmans, les salafistes et les islamistes de tous bords. Par ailleurs, depuis des années, lorsqu’un élu dit non à certaines exigences communautaristes, le grand mot d’ « islamophobe » est sorti. Or, se faire traiter d’islamophobe parce qu’on dit non à un entrisme islamiste, c’est simplement rappeler les bases de notre mode de fonctionnement et il faut en être fier. 

 

Le profil du tueur de la préfecture de police de Paris est troublant. L’institution fait-elle face à un entrisme islamiste ?

Effectivement, le profil du terroriste de la préfecture de police est troublant, mais pas vraiment étonnant. Comment une institution telle que la préfecture de police de Paris pouvait-elle garder en son sein un Français converti depuis dix ans qui ne serrait plus la main aux femmes ? Certes, ne plus serrer la main aux femmes ne fait pas de vous un terroriste, mais ça n’est pas un signal faible quand cette personne travaille dans un service qui accède à des données confidentielles. D’ailleurs, le rapport de l’Assemblée nationale sur la radicalisation dans les services publics de juin dernier pointait qu’il y avait des failles dans notre système. L’armée française a fait face à cet entrisme et a su le gérer. Il me paraît urgent qu’il en soit de même dans tous les services chargés de la protection du territoire.

 

La DGSI est alarmiste sur la situation en France. L’ancien ministre de l’Intérieur Gérard Collomb parlait d’un face à face entre français. Votre analyse est-elle aussi alarmiste ? Que faire pour préserver le bien-vivre ensemble ?

Je ne suis pas d’une nature à renoncer et à baisser les bras, mais oui, il y a de quoi s’inquiéter et les quatre assassinats de policiers à la préfecture de police de Paris la semaine dernière montrent à quel point il va falloir s’atteler à cette priorité pour préserver notre liberté. Gérard Collomb n’avait pas tort de faire ce bilan quand il a quitté le ministère de l’Intérieur et il serait irresponsable de refuser d’admettre cette réalité. Si nous voulons préserver le bien vivre ensemble, il faut rappeler à chacun qu’il est impossible de vivre ensemble sans partager des codes communs, des valeurs communes, l’histoire du pays qui nous accueille, et expliquer qu’on n’impose pas sa culture dans le pays qui nous accueille, mais l’inverse. Il est essentiel de rappeler que la religion doit rester dans la sphère privée et que, dans notre pays, en France, ce sont les valeurs de la République qui nous unissent au nom de la nation et rien d’autre. Cette ligne de conduite doit être imposée et défendue sans faiblesse ni tergiversation. Ce sera la seule ligne qui nous permettra de voir l’avenir sous un jour meilleur.

 

08/10/2019 - Toute reproduction interdite

Jacqueline Eustache-Brinio lors d'une manifestation de soutien au militant défenseur des droits de l'Homme Raif Badawi DR