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Jacqueline Eustache-Brinio : "Faire front face au séparatisme et au communautarisme"

Vue d'ensemble de l'hémicycle du Sénat à Paris le 1er octobre 2014 Benoit Tessier / Reuters

Il faut saluer le courage de la Sénatrice du Val d’Oise, Jacqueline Eustache-Brinio, qui lutte avec lucidité et détermination contre les dérives du communautarisme. A l’origine du projet de loi contre le port du voile lors des sorties scolaires, cette républicaine de choc répond à nos questions. Propos recueillis par Emmanuel Razavi

 

Pourquoi avoir proposé cette loi contre le port du voile, lors des sorties scolaires ?

Depuis la remise en cause par Najat Vallaud-Belkacem de la circulaire Chatel, qui imposait la neutralité religieuse aux accompagnateurs de sorties scolaires, ce sujet ouvrait la porte à toutes les interprétations possibles et mettait en difficulté nombre d'enseignants dans l'application stricte de la neutralité religieuse lors des sorties scolaires. Alors que, depuis 2004, une loi impose la neutralité aux élèves, que les enseignants, en tant que fonctionnaires, doivent aussi respecter cette neutralité, il apparaissait évident de régler une fois pour toutes la question des accompagnateurs. Les activités hors les murs font partie intégrante du temps scolaire et il est donc logique d'imposer une neutralité religieuse à toutes celles et tous ceux qui veulent y participer. C'est dans cet état d'esprit que j'ai déposé cette proposition de loi le 9 juillet dernier, de manière à préserver la liberté de conscience de tous les enfants et à laisser en dehors de tous les débats et de toutes les pressions les enfants de l'école de la République. Cette loi permettra aux enseignants de disposer d’un cadre strict qui s’imposera de la même manière sur l’ensemble du territoire français et assurera les principes de laïcité et de neutralité aux activités scolaires hors les murs.

Comment jugez-vous les mises en garde de l’humoriste Yassine Belattar à l’encontre du ministre de l’éducation ?

D'abord, je suis étonnée que ce personnage ait été appelé à l'Elysée comme conseiller banlieues, poste duquel il a démissionné récemment. A quel titre et avec quelles compétences pouvait-il conseiller le président en termes de politique de la ville ? Aujourd'hui, ce personnage menace un ministre de la République par ses propos, qui sont pour le moins inadmissibles et insupportables. Ce monsieur, peut-être par manque de notoriété ou pour relancer sa carrière, se fait maintenant le chantre du port du voile et le porte-parole de l'islam radical, qui remet en cause l'égalité homme-femme et les valeurs républicaines. Il est, pour moi, le relais médiatique de la haine et de la division. 

Comment, dans les faits, appliquer la proposition de Bruno Retailleau d’interdire les listes électorales communautaires ?

Il va falloir que nous travaillions sur ce projet de loi. Bruno Retailleau a tout à fait raison d'en avoir pris l'initiative car nous voyons naître dans certaines banlieues des listes communautaires qui remettent en cause notre démocratie et notre histoire. Il nous faudra trouver les éléments qui permettront d'interdire ces listes, même si cela doit heurter et interroger. Il en va de l'avenir et de la cohésion de certaines villes en France, qui risquent de sortir du chemin tracé par nos valeurs républicaines.

Face à la montée des communautarismes, quelle doit être la priorité immédiate du gouvernement ?

Un gouvernement, quel qu'il soit, doit avoir le courage de faire front à tout ce qui peut favoriser le séparatisme, le communautarisme. Je suis assez inquiète de l'absence de discours sur ce sujet du président de la République, qui ne va jamais jusqu'au bout des choses. De ce manque de discours clair et net découle un climat de plus en plus anxiogène dans notre pays, qui ne sait plus quelle est la ligne directrice pour lutter contre cet islam politique qui gangrène un certain nombre de nos quartiers. La priorité du gouvernement devrait être de rappeler fermement, jour après jour et partout, qu’il luttera avec tous les moyens que nous avons contre cette montée inquiétante du communautarisme en France.

Pourquoi une loi impliquant la fermeture des associations liées aux Frères Musulmans en France, n’est-elle pas évoquée ? Ne permettrait-elle pas de couper le mal à la racine ?

Il est vrai que le problème se pose et il nous appartient de trouver des axes de réflexion et des propositions sur ce sujet. En ce qui me concerne, je souhaite que nous puissions, à court terme, trouver les moyens de dissoudre certaines associations proches des Frères musulmans, salafistes, communautaristes, qui prônent la haine et le rejet de ce que nous sommes. Cela permettrait de stopper les discours dangereux pour notre pays, en particulier orientés vers la jeunesse.

Que vous inspire le mot islamophobie, utilisé par nombre d’intellectuels qui soutiennent le port du voile ?

Pour résumer, en France, lorsqu'on rappelle la loi, la règle, à certains musulmans et à certains intellectuels complices, on est islamophobe. Bref, en somme, ‘on n'aime pas les musulmans’. Pour ma part, il me semble que, si être islamophobe, c'est rappeler l'égalité homme-femme, la laïcité, les valeurs de la République, notre histoire, alors 80% des Français sont islamophobes d'après les sondages qui sont paru récemment. Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe quand on rappelle tous ces principes. C'est un moyen de tenter de nous faire taire, de nous culpabiliser, de se victimiser, mais il ne faut rien céder. Par ailleurs, ces pseudo-intellectuels, qui ne mettent jamais les pieds dans les banlieues et ne savent pas de quoi ils parlent feraient bien d'ouvrir les yeux, car refaire le monde, le soir, au coin de la cheminée, dans des quartiers privilégiés entre copains, ce n'est pas faire preuve d'un grand courage.

La France vit-elle en situation pré-insurrectionnelle ?

La France vit aujourd'hui dans une angoisse et une incertitude assez inquiétante. Effectivement, certains quartiers, entre les mains des trafiquants de drogue et des salafistes, sont au bord de la rupture avec la République et il nous appartient aujourd'hui, et pas demain, de rappeler à chaque citoyen que l'unité de notre pays en dépend. Ramener le calme et la loi dans ces quartiers n'est pas uniquement un sujet de moyens. Il faut tout d’abord de la fermeté et des sanctions. L’impunité ne doit plus être de mise, comme elle n’aurait jamais dû l’être, sinon, effectivement, nous risquons de connaître de graves problèmes. Les mots ne suffisent plus, les Français attendent des actes, très rapidement.

 

06/11/2019 - Toute reproduction interdite

Des femmes musulmanes françaises d'origine algérienne discutent dans le hall de leur immeuble à Toulouse 27 mars 2012 Zohra Bensemra / Reuters